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Les fouilles

     Le site de l’antique agglomération fait l’objet de recherches archéologiques sporadiques dès 1838, en raison de nombreuses découvertes fortuites lors de labours. Mais aucune fouille préalable n’est menée avant la seconde moitié du XXème siècle.

     En 1952, en effet, le Service National des Fouilles entreprend les premiers travaux archéologiques scientifiques. Poursuivis en avril 1953 par Maurice LEFORT, pour la Section de la Belgique ancienne des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles, dans une prairie à quelques 1500 m au Sud du vicus, ceux-ci recoupent un mur de bâtiment romain, solidement construit, et situé au Sud de la route Binche-Mons.

     En 1957, Dominique de GENNARO, de Mons, archéologue amateur passionné de préhistoire et d’archéologie, s’intéresse à quelques trouvailles de surface réalisées par Paul MAURY de Waudrez sur sa «terre à légumes»  située au Nord-Ouest de la chaussée. Lors de ses recherches, essentiellement limitées à cette zone, il dresse quelques vagues coupes stratigraphiques ainsi que quelques notes situant approximativement les sondages réalisés.

Il met notamment au jour « une petite cave, située à l’angle d’une habitation, mesurant 2,30 m sur 1,40 m et d’une profondeur totale de 1,10 m dont 70 cm à parois verticales et à fond bien plat ». Il baptise celle-ci «Fosse Gallien», du nom de l’empereur à l’effigie duquel il y a découvert deux monnaies.

Après son décès en 1975, son épouse confie une partie de ses collections au Musée de Mariemont. Hélas, les quelques notes très imprécises et le matériel découvert incomplet rendent difficile la réalisation d’une publication.

En 1976, grâce à l’intervention de Philippe DEKEGEL, Président fondateur du Cercle Archéologique de Waudrez, et de son ami Louis LAURENT, membre de la Société de Recherches Préhistoriques en Hainaut, une partie plus importante de découvertes, le cahier de notes de Dominique de GENNARO ainsi que le matériel confié à Mariemont sont enfin regroupés et confiés au Cercle Archéologique de Waudrez.

Les découvertes réalisées par Dominique de GENNARO seront publiées en 1983 par Philippe DEKEGEL et Claire MASSART, archéologue, avec le concours de la Fédération des Archéologues de Wallonie.
(«Trouvailles anciennes provenant du vicus de Waudrez » -collection de GENNARO-
 Waudrez – 1983) 

Passionné par la période romaine, Philippe DEKEGEL entreprend alors un véritable collationnement de toutes les informations et traces de découvertes réalisées à Waudrez autour de la chaussée romaine.

De 1976 à 1978, sa détermination à regrouper les trouvailles, à récolter le moindre indice, son travail de prospection de surface et de prospection aérienne permettent enfin de localiser de manière précise l’emplacement de l’antique Vodgoriacum.

En 1978, les tranchées effectuées par le Centre de Recherches Archéologiques Nationales de l’Université de Louvain n’ont rencontré aucune structure en dehors de la route antique.

De 1978 à 1993, le Cercle Archéologique de Waudrez (CAW) entreprit, chaque année,  une campagne de recherches archéologiques sous la responsabilité scientifique de Philippe DEKEGEL. Plusieurs bâtiments ainsi qu’un puits romain exceptionnel sont mis à jour. Cahiers de fouilles, coupes stratigraphiques, relevés topographiques, inventaires précis du matériel découvert, mise en valeur des collections apportent enfin au site de Vodgoriacum toute la valeur qu’il mérite.

En 1989, le site de Vodgoriacum fait enfin l’objet d’un classement.

De fin 1999 à fin 2010, Pierre CAPERS, licencié en Histoire, Histoire de l’Art et Archéologie, membre de l’ASBL Statio Romana, succède à Philippe Dekegel dans sa fonction de responsable scientifique de l’association.

En collaboration avec d’autres scientifiques, il réalise la publication des fouilles de la nécropole et du puits romain qui avaient été effectuées par la STATIO ROMANA.

     D’un point de vue pratique, le site classé de Vodgoriacum est désormais divisé en sept zones – ou secteurs de fouilles – bien distinctes.

Nous présentons la synthèse des recherches modernes qui suit en respectant cette division plutôt que d’une manière strictement chronologique.

Notons au passage qu’aucune fouille n’est visible actuellement.


Plan du site et zones de fouilles

Zone A :

Située au Nord de la chaussée Brunehault, cette zone est délimitée à l’Ouest par la route Binche – Mons (N.90) et le chemin de Péronnes et à l’Est par l’ancien chemin du Tordoir.

Consacrée aux terres de culture, il s’agit certainement de l’une des parties les plus importantes du vicus, comme en attestent les résultats des découvertes fortuites ainsi que les divers sondages.


Le puits

Lors de la réalisation d’une fouille, durant l’été 1983, une découverte majeure est réalisée dans cette partie du vicus. Située à 77 m de la chaussée moderne, la fouille, sous la conduite scientifique de Philippe DEKEGEL, établira qu’il s’agit  d’un puits de plus de l2 mètres de profondeur.

Construit en pierres de grès locales taillées et appareillées avec soin sans mortier de sable ou de chaux, ce dernier fut réalisé durant le premier tiers du Ier siècle. Son comblement rapide à l’aide de tas de terre, de poutres calcinées et grosses pierres, est pour partie de caractère rituel et devrait être replacée vers le 3ème quart du IIIème siècle. L’analyse des différents niveaux de remplissage et du matériel archéologique très abondant qu’il contient permet en effet de dresser une chronologie relativement précise de son utilisation et de son abandon.
De nombreux squelettes d’animaux furent également mis au jour dans ce puits.       Le fonds du puits, situé à 13 m sous le sol antique, ne fut atteint qu’en 1985. L’hypothèse de la présence d’un grand complexe de bâtiments ceinturant cette structure, implanté perpendiculairement à la chaussée romaine, ne paraît pas à exclure.

(« Vie Archéologique »  – puits et nécropole de Vodgoriacum, 3 études- Bulletin de la Fédération des Archéologues de Wallonie – n°60 – 2003)

Zone B :

Sise au Nord de la chaussée, cette zone est délimitée à l’Ouest par l’ancien chemin du Tordoir et à l’Est par la rue de la Princesse. Elle encadre donc les deux rives de la rivière qui porte le même nom.

En 1978, un projet de dérivation du cours de la rivière et de ses deux affluents, la Samme et la Bruille, en vue de leur canalisation conduisit les pas du Cercle Archéologique de Waudrez dans ce nouveau secteur du vicus et plus particulièrement sur la rive droite de la Princesse.

Les archéologues du CAW dégagèrent un petit bâtiment quadrangulaire, de 5 mètres de côtés.

En 1984, la Ville de Binche entreprend enfin les travaux de canalisation prévus. La réalisation des travaux lourds ne touche heureusement aucune structure archéologique si ce n’est un tronçon de la chaussée antique.

Zone C :

Située à l’Est du vicus, cette zone encadre de part et d’autre la chaussée Brunehault et englobe le Mont-de-la-Justice. Elle est limitée à l’Ouest par la rue de la Princesse. Son relief particulier et la présence de nombreuses bâtisses et propriétés privées, parmi lesquelles le Château Desenfan et son parc boisé, ont empêché toute recherche dans cette zone.

Toutefois, en 1978, le CRAN effectua un rapide sondage sur les pentes du Mont-de-la-Justice. Le désir des archéologues était de retrouver le point de passage de l’antique chaussée Brunehault. Ce sondage n’a révélé aucune structure construite.

Zone D :

Placée au Sud de la chaussée Brunehault, la Bruille constitue sa limite occidentale. Cette zone s’étend vers l’Est jusqu’à la rue de la Princesse, franchissant au passage le cours de la Samme. Au sud, elle est bordée par la N.90 Binche-Mons.


Bâtiment avec bain sur hypocauste

En 1979, les recherches du Cercle Archéologique de Waudrez se portèrent sur cette nouvelle partie du vicus. Là aussi, c’est le futur réaménagement du cours des rivières qui poussa les archéologues dans leurs investigations.

Ainsi, sous la responsabilité scientifique de Philippe DEKEGEL, un vaste complexe de bâtiments y fut découvert. A la surprise générale, apparurent rapidement de vastes installations balnéaires avec lambeau de radier d’hypocauste. A l’extérieur des installations, une trace rougie révélait encore l’emplacement de l’entrée du praefurnium.

En 1980, un petit bassin absidial fut mis au jour. Plusieurs murs qui s’enchevêtrent prouvent les nombreux réaménagements de ces bâtisses. Trois niveaux de construction semblent se surimposer. Des surfaces de circulation extérieures, faites d’empierrements, sont aussi exhumées : il pourrait s’agir de chemins. Mais la fouille de ce quartier est abandonnée fin l982, au profit d’autres secteurs.


Cave avec soupirail

En 1986, la fouille de la parcelle 204b, appelée « zone des bains», reprend enfin.   De nouvelles fouilles permettent le dégagement du prolongement des murs découverts en 1981. La découverte la plus marquante de cette année est celle d’un soupirail d’une cave, desservie par un escalier. Au fond de la cave fut retrouvé un vaisselier aux vases de cuisine emboutis. Couvert d’une tuile, il était composé de 5 vases de format différent. Dans le coin Nord de la cave, où l’on peut remarquer une assise de réglage en tuiles, une enseigne de fer fut retrouvée au côté de tuiles.

Dès 1990, la suppression des banquettes permit d’avoir une vue d’ensemble des bâtiments. S’étendant au Nord, la fouille mit au jour d’anciennes structures comblées de grosses pierres. Une paroi de terre crue ou de torchis fut découverte dans un sol en place. En outre, une fosse à charbon de bois apparut sous un sol empierré. De forme parfaitement circulaire, elle ne put être que partiellement vidée. Cette dernière livra de nombreux tessons de céramique grise et de scories de fer. Passablement altérés par les intempéries, les structures furent finalement rebouchées en 1994, deux ans après l’arrêt du chantier.

Zone E :

Cette zone de forme triangulaire est comprise entre la chaussée Brunehault au Nord, la Bruille à l’Est et la route Binche-Mons (N.90) au Sud-Ouest. Elle inclut le rond-point de Vodgoriacum.

Exception faite des maisons et des hangars commerciaux construits en bordure de la N.90, elle est exclusivement composée de prairies. Elle n’a fait à ce jour l’objet d’aucune fouille moderne par le CAW, mais des vestiges y ont été découverts.

Profitons néanmoins de l’occasion pour mentionner les fouilles menées en 1995 par les Services Archéologiques de la Région wallonne dans le cadre du réaménagement du rond-point en question par le Ministère de l’Equipement et des Transports. Plusieurs états différents de la chaussée furent découverts de même que quelques tombes à incinération, un four de potier et quelques édicules de forme quadrangulaire, aux murs maçonnés.

Zone F :

Longeant la chaussée Brunehault, dont elle occupe le flanc méridional, cette zone s’étend jusqu’aux limites de la commune d’Estinnes à l’Ouest. Sa limite orientale est constituée par le rond-point de Vodgoriacum.

Aucune fouille récente n’a été pratiquée dans cette partie du site, mais la présence de vestiges d’époque romaine y est connue. Cette zone paraît être extérieure à l’agglomération antique.

Zone G :

Faisant face à la zone F, cette dernière zone, qui borde la chaussée sur son côté septentrional, s’étend des limites de la commune d’Estinnes à l’Ouest jusqu’au rond-point de Vodgoriacum et à la route Mons-Binche (N.90) à l’Est.


Tombe à incinération

Cette zone semble être extérieure à l’agglomération antique, comme le laisse supposer la présence de tombes. C’est dans cette partie du territoire de Waudrez qu’ont été découverts, en 1984, les vestiges d’une antique nécropole.

Lors de la construction d’une villa, le CAW, sous la responsabilité scientifique de Philippe DEKEGEL,  y pratiqua le rapide sauvetage de huit tombes.

Situées sous le niveau de culture, ces tombes étaient très bien conservées. Elles comportaient chacunes plusieurs vases, dont une urne dans laquelle étaient déposés les ossements brûlés. Les urnes avaient été couvertes par des récipients divers, afin d’en protéger le contenu. Chaque tombe était placée dans une fosse quadrangulaire creusée à même le sol. Les parois étaient parfois délimitées par des tuiles. Les pièces de monnaies, les fibules et certaines céramiques feraient replacer ces sépultures dans la seconde moitié du IIème siècle.

En 1994, lors de la construction d’une villa sur un terrain voisin, les Services archéologiques de la Région wallonne procédèrent également à la fouille d’une série de tombes.

 (« Vie Archéologique »  – puits et nécropole de Vodgoriacum, 3 études- Bulletin de la Fédération des Archéologues de Wallonie – n°60 – 2003)